Les Voyages Temporels de Matthias Mentis épisodes 2 & 3.

Les Voyages Temporels De Matthias Mentis Épisodes 2 & 3

 

Corotis fit irruption dans la hutte de son chef, renversant au passage le bouclier et le glaive que ce dernier avait consciencieusement posés sur une chaise. Une expression de terreur déformait son visage.

Cingetotis s’approcha de lui avec un sourire charmeur. Lorsqu’il fut assez près, il asséna un grand coup de poing sur la tête du petit messager. Celui-ci en tomba sur le derrière.

-Je t’ai déjà dit mille fois de faire attention quand tu entres chez moi ! tonna le chef.

Il ramassa religieusement ses effets tombés à terre, comme s’il s’était agi d’un trésor inestimable.

-C’est ce bouclier et ce glaive qui ont fait de moi ce que je suis, poursuivit-il. Alors ne t’avise pas d’y retoucher ou je me montrerai moins clément.

Il remarqua l’expression horrifiée de son sujet.

-Que t’arrive-t-il ?

Corotis déglutit difficilement.

-C’est le ciel…

-Et bien, qu’est-ce qu’il a le ciel ?

-Je… Je crois que vous feriez mieux de venir voir par vous-même…

Cingetotis soupira, avant de se décider à suivre le conseil de son sous-fifre. Il sortit au grand air et dut protéger ses yeux des rayons du soleil afin de pouvoir scruter le ciel d’un bleu parfait.

-Il n’y a rien de spécial, marmonna-t-il.

Corotis, dont la petite taille lui valait régulièrement les pires moqueries, s’était faufilé à côté de son chef. Il lui montra du doigt ce qui le mettait dans cet état.

-C’est là, dit-il d’une petite voix.

Le guerrier fronça les sourcils. Une grande trace blanche barrait l’azur. Il se demanda comment il avait pu ne pas la remarquer plus tôt. Il la suivit du regard et constata qu’elle se terminait par une forme qu’il prit d’abord pour un oiseau. En y regardant de plus près, il remarqua que ça ne ressemblait pas vraiment à un volatile. Et ça faisait un bruit insupportable…

-Qu’est-ce que ça peut bien être ? demanda-t-il.

Le petit homme à ses côtés haussa les épaules. Il n’en savait pas plus que lui. En regardant autour de lui, il constata que tous les habitants du village avaient eux aussi les yeux rivés vers le ciel. Un groupe de guerriers accoura à sa rencontre.

-Chef ! Savez-vous ce que c’est ? demanda Garbotos qui ouvrait la marche, paré de ses attributs de guerre.

-Il s’agit sans doute d’un signe envoyé par les dieux.

-Comment l’interpréter ? insista le grand guerrier, dont la longue chevelure blonde était élégamment coiffée en une tresse descendant jusqu’au bas de son dos.

-Que tous les guerriers se réunissent ! Nous allons suivre ce signe. Je suis sûr que c’est ce que veulent les dieux, déclara solennellement Cingetotis.

Les hommes présents poussèrent leur cri de guerre en levant leurs armes au ciel.

 

3

 

Après de longues minutes à contempler le paysage verdoyant qui s’offrait à eux, Mathias décida qu’il valait mieux qu’ils rentrent rapidement au laboratoire afin de faire en sorte que tout rentre dans l’ordre avant que qui que ce soit ne s’aperçoive de leur bévue. S’il n’était pas déjà trop tard…

-Tu peux m’expliquer ce qui se passe ? demanda Kevin.

Il semblait réfléchir si intensément que le physicien s’attendait à chaque instant à voir sortir de la fumée de ses oreilles. Tout d’un coup, une idée sembla traverser l’océan de désolation qui emplissait le crâne du jeune homme.

-C’est quand même pas nous qui avons fait ça ?

Mathias soupira.

-Et pourtant, c’est bien le cas. Lorsque tu as fait tomber la machine…

-Ne commence pas à me mettre tout ça sur le dos ! le coupa Tasgos.

Mentis, qui détestait être interrompu, lui adressa un regard plein de reproches. Le jeune homme lui fit signe de poursuivre.

-Donc, comme je le disais, lorsque tu as fait tomber la machine, elle a dû se dérégler. En guise de voyager tous les deux dans le temps, nous avons emmené avec nous tout le village…

-Tout le monde se retrouve au Moyen-âge ?!

-Je ne suis même pas sûr que nous soyons à l’époque prévue, répondit le scientifique en regardant autour de lui, cherchant un indice qui pourrait le renseigner sur ce point.

Il haussa finalement les épaules.

-Bon, ne perdons pas plus de temps ici. Rentrons vite à la maison et essayons de réparer notre erreur.

 

A peine une dizaine de minutes après leur départ précipité, M. Vetus vit revenir ses voisins, apparemment toujours aussi pressés.

« Ces jeunes ne prennent même plus le temps de vivre… », se dit-il.

Le physicien ne chercha même pas à garer la voiture. Il s’arrêta devant chez lui et descendit aussitôt, courant vers la maison dont la porte était restée béante. Il ne prit même pas la peine de refermer sa portière.

-Que se passe-t-il ? essaya de se renseigner le vieil homme en hélant Kevin qui suivait nonchalamment le scientifique.

Le jeune homme regarda son voisin d’un air absent et hocha les épaules pour toute réponse. Il s’engouffra dans la maison à la suite de Mentis et disparut de la vue du vieil homme. Celui-ci, qui avait pas mal roulé sa bosse au cours de sa longue vie, ne fut pas plus étonné que ça par l’attitude des deux hommes et retourna à son jardinage.

Mathias descendit quatre à quatre les marches menant à la cave. La machine à voyager dans le temps gisait toujours sur son flanc. Il se précipita afin de la redresser mais elle était trop lourde pour lui seul. En attendant que son vif assistant ne le rejoigne pour lui prêter main forte, il jeta un œil aux deux cadrans se découpant sur le fond noir. Celui de gauche indiquait « -300 »…

-Nom d’une cacahuète ! s’écria le physicien. Nous avons été projetés au temps des gaulois…

Tasgos se présenta en haut des escaliers à cet instant.

-Au temps des gaulois ?! reprit-il. Mais, c’est encore pire que ce qui était prévu !

Mentis ne voyait pas vraiment en quoi les gaulois étaient pires que les croisés mais il préféra ne pas s’attarder sur la remarque de son assistant.

-Vite, viens m’aider à relever la machine, lui demanda-t-il. Il n’est peut-être pas encore trop tard pour que tout ceci passe inaperçu.

Le jeune homme se plaça en face du scientifique, de l’autre côté de l’imposant parallélépipède noir. En conjuguant leurs efforts, ils n’eurent aucun mal à le remettre sur pieds. Aussitôt, Mathias s’empressa de repositionner le bouton de gauche, de façon à ce que le premier cadran indique la date de leur époque d’origine. Il croisa les doigts et abaissa le levier, tel un joueur de casino espérant décrocher le jackpot.

L’appareillage, qui normalement devait être fixé au-dessus de leurs têtes, gisait sur le sol. Relié à la machine, il avait été entraîné dans sa chute. La petite sphère temporelle bleutée apparut néanmoins à son extrémité.

Le scientifique souffla un bon coup. Rien ne semblait avoir été endommagé dans l’accident.

La boule commença à grossir, jusqu’à atteindre la taille d’une pastèque. Tout d’un coup, sa couleur bleue commença à s’atténuer. Le phénomène s’accentua jusqu’à ce que la sphère ne perde toute consistance, pour finalement disparaître totalement.

-Pourquoi ça ne marche pas ? s’enquit Kevin.

Le physicien lui fit signe de bien vouloir se taire. Il essayait de réfléchir. Malgré le choc qu’elle avait subi, la machine à voyager dans le temps semblait fonctionner correctement. Le problème venait donc d’ailleurs. La solution finit par s’imposer d’elle-même. Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ?

-Eurêka ! s’écria-t-il d’un ton moins enthousiaste qu’à son habitude.

Tasgos devina que ce cri de victoire allait s’accompagner d’un certain nombre de problèmes qu’ils allaient devoir résoudre.

-Le village n’est plus alimenté en électricité… prononça Mentis en claquant des doigts.

Son assistant s’étonna.

-Dans ce cas, pourquoi la machine a-t-elle fonctionné quelques secondes ?

-Il s’agissait sans doute d’électricité résiduelle…

Kevin acquiesça, même s’il n’avait rien compris.

-Il faut donc que nous réussissions à trouver une source d’électricité suffisante pour que la machine ait le temps de nous renvoyer d’où nous venons… poursuivit Mentis.

-Quelqu’un a peut-être un générateur ? proposa le jeune homme, à tout hasard.

Le scientifique secoua la tête de droite à gauche.

-Ce serait un début, mais ça ne suffira jamais. L’appétit de cette machine est énorme…

L’assistant se passait mentalement en revue tout ce qu’il connaissait et qui pouvait fournir de l’électricité. Amateur de mécanique, une idée lui vint.

-Et si l’on récupérait les batteries de toutes les voitures du village ?

Un début d’intérêt pu se lire sur le visage de Mathias. Il fronça les sourcils en calculant approximativement la quantité d’énergie que ceci représenterait. Après quelques secondes, il fit une grimace qui en disait long.

« Pour une fois qu’il avait une bonne idée… », pensa-t-il.

-Ce n’est pas bête, mais ça ne sera toujours pas suffisant. Il nous manquera toujours une quantité non négligeable d’électricité, lâcha Mentis.

Tasgos souffla bruyamment.

-Alors là, je ne vois pas… admit-il.

-Peut-être qu’en fabriquant une pile électrochimique… commença le scientifique.

Il ne semblait pas vraiment sûr de lui.

-Pour dégager l’intensité suffisante, il nous faudrait une grande quantité de zinc et de cuivre. Je ne suis pas sûr que quelqu’un ait ça au village. Quant à trouver ça à l’extérieur du village, ça me paraît risqué… poursuivit-il.

-Pourquoi ? demanda le jeune homme.

-Les gaulois ne sont pas vraiment réputés pour être des tendres, si tu vois ce que je veux dire…

En imaginant ce que ces barbares pourraient lui faire, un frisson parcourut l’échine de Kevin. Au même instant, l’alerte avertissant que quelqu’un venait de sonner à l’entrée de la maison retentit dans la cave.

-Allons voir qui cela peut bien être, soupira Mentis.

 

S’ils avaient su ce qui les attendait derrière la porte, les deux hommes ne se seraient probablement pas autant pressés pour aller l’ouvrir.

Le scientifique se retrouva face à une trentaine de personnes entassées devant sa porte, la mine sombre. Derrière lui, son assistant ne put réprimer un petit cri de surprise.

Mathias choisit de rester impassible.

-Que désirez-vous ? demanda-t-il à M. Magnis, le maire du village, qui semblait mener le troupeau.

-J’imagine que vous êtes responsable de tout ceci ? attaqua sans attendre le maire ventripotent.

Dans un premier temps, le physicien pensa nier tout en bloc. Néanmoins, il se rendit rapidement compte que cela n’avait aucun intérêt, puisqu’il aurait besoin de l’aide de tous les villageois s’ils voulaient réintégrer leur époque d’origine. Autant les mettre dès maintenant au parfum…

-Oui, l’une de mes expériences ne s’est pas déroulée comme elle l’aurait dû, concéda-t-il.

Aussitôt, une clameur s’éleva de la foule massée sur sa pelouse. Des « Répare ton erreur ! » et autres « Tu as intérêt à ce que tout rentre dans l’ordre très vite ! », se firent entendre ici et là. Magnis leva les deux mains dans un geste théâtral afin de calmer ses administrés.

-Vous voyez, dit-il au scientifique, il me semble que le message est clair. La plaisanterie a suffisamment duré.

Mentis s’arma du sourire le plus enjôleur qu’il avait en réserve.

-Je vais vous expliquer la situation. En fait, vous en avez peut-être déjà entendu parler, mais je travaillais à la fabrication d’une machine à voyager dans le temps.

Un petit rire secoua le ventre rebondi du maire. Le physicien continua comme si de rien n’était :

-Ce matin, nous avons décidé, mon assistant et moi, de faire un premier essai. Nous devions être transportés tous deux au Moyen-âge. Or, il y a eu un petit accident et c’est tout le village qui a été transporté au temps des gaulois.

Malgré les choses plus qu’étranges que les villageois avaient remarquées, ils ne semblaient tout de même pas prêts à croire à une histoire aussi extravagante.

-Il va falloir trouver mieux, lui dit Magnis en croisant les bras devant lui.

A ce moment, un homme arriva par la route en courant. Il semblait épuisé et désespéré. Ses yeux étaient rougis, comme s’il avait beaucoup pleuré. La foule s’écarta pour le laisser passer. Il rejoignit le maire.

-S’il vous plaît, implora-t-il. J’ai besoin d’aide. Des barbares viennent d’enlever ma femme alors que nous nous rendions à la boulangerie.

Magnis jeta un regard hébété vers le scientifique. 

 

A suivre...

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